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En Espagne, Pedro Sánchez retient son souffle avant trois élections régionales

MADRID — Les conservateurs espagnols espèrent que les trois élections régionales qui s’annoncent conduiront à l’effondrement du gouvernement du Premier ministre socialiste, Pedro Sánchez, le seul poids lourd encore issu du centre gauche parmi les dirigeants européens.

Le premier scrutin se tiendra dimanche en Aragon, dans le nord-est du pays, dont les résultats reflètent historiquement les tendances au niveau national. Le Parti populaire (PP), la grande formation de centre droit, en est le favori, mais c’est une extrême droite en plein essor qui devrait réaliser la progression la plus importante.

L’Aragon sera suivi de deux autres élections dans des régions détenues par le PP : Castille-et-León en mars et l’Andalousie en juin. Pour les conservateurs, l’objectif est de profiter des scandales de corruption au sein du Parti socialiste ouvrier (PSOE), qui ont gravement affaibli Pedro Sánchez, pour confirmer la domination régionale du PP et accroître la pression sur le gouvernement de Madrid.

S’adressant à ses partisans lors d’un meeting dans la ville de Calatayud, Alberto Núñez Feijóo, leader du PP, a appelé les électeurs d’Aragon à “être les porte-parole de tous les Espagnols dimanche dans les urnes”.

“Mes amis, votez pour mettre fin aux mensonges, à la corruption, à l’arrogance et au discrédit dans lequel la politique nationale est tombée”, a-t-il lancé.

Pour Oriol Bartomeus, politologue à l’université autonome de Barcelone, l’enjeu de ces élections régionales est de créer une dynamique au niveau national.

“L’intention [du PP] est de transformer toutes ces élections en une histoire nationale”, analyse-t-il. “Si le PP gagne et que les socialistes subissent une lourde défaite, ce sera utilisé pour dire que Sánchez doit se retirer parce que son parti est en chute libre.”

Accroître la pression

Dans la tourmente après une série de scandales, la coalition du Premier ministre est déjà sur la corde raide.

Les enquêtes sur un système de pots-de-vin impliquant deux anciens hauts responsables socialistes, ainsi que les accusations de harcèlement sexuel concernant d’autres personnalités du parti ont fait la une des journaux ces derniers mois. L’enquête en cours sur des faits présumés de détournement de fonds publics ciblant l’épouse de Pedro Sánchez et le procès à venir de son frère, accusé de trafic d’influence, ont donné à l’opposition des munitions supplémentaires.

Par ailleurs, deux accidents de trains survenus en janvier, qui ont fait 47 morts et provoqué un chaos sur le réseau ferroviaire dans certaines régions d’Espagne, ont aggravé les difficultés du gouvernement.

Le scrutin en Estrémadure, une région située à l’est du pays, en décembre a donné au PP un élan électoral : le parti a faiblement progressé, tandis que les socialistes ont perdu 10 de leurs 28 sièges.

En Aragon, il s’agit d’une élection anticipée convoquée par le président de la région, Jorge Azcón, à la suite de la décision du parti d’extrême droite Vox de retirer son soutien aux conservateurs.

“Mes amis, votez pour mettre fin aux mensonges, à la corruption, à l’arrogance et au discrédit dans lequel la politique nationale est tombée”, a lancé Alberto Núñez Feijóo. | ZIPI/EPA

Les intentions de vote suggèrent que l’Aragon se dirige vers un résultat similaire à celui de l’Estrémadure, avec le PP clairement en tête et peut-être en légère progression. Les socialistes, quant à eux, espèrent éviter le pire résultat de leur histoire dans la région. Selon les sondages, le PP serait en passe de remporter environ 28 des sièges 67 de l’assemblée, Vox en obtiendrait 12 à 14 et les socialistes 17 ou 18.

Lors de chaque élection générale depuis le retour du pays à la démocratie en 1977, le parti vainqueur en Aragon a été le grand vainqueur national, ce qui lui a valu le surnom d’“Ohio espagnol” — bien que les analystes estiment que sa capitale, Saragosse, et la province qui l’entoure fournissent actuellement une mesure plus fiable du vote national.

D’une superficie légèrement supérieure à celle de la Suisse, la région est limitrophe de la Catalogne à l’est et de la France au nord, et comprend de vastes zones rurales. Mais elle a également acquis une réputation de pôle technologique, et Saragosse est la cinquième ville d’Espagne.

Mises en garde sur Vox

Les socialistes participent aussi à donner une dimension nationale à l’élection en présentant l’ancienne ministre de l’Education, de la Formation et des Sports, Pilar Alegría, comme candidate.

Les socialistes mettent en garde que Vox — qui a déclenché les élections régionales en raison d’un conflit avec le PP sur l’accueil des mineurs non accompagnés — pourrait finalement accepter de former une majorité avec le PP après avoir obtenu des concessions.

En Aragon, il s’agit d’une élection anticipée, convoquée par le président de la région, Jorge Azcón, à la suite de la décision du parti d’extrême droite Vox de retirer son soutien aux conservateurs. | Chema Moya/EPA

Pedro Sánchez a fait campagne aux côtés de Pilar Alegría, exhortant les électeurs à se mobiliser contre la perspective d’une majorité PP-Vox consolidée, qu’il considère comme faisant partie d’une vague internationale de droite radicale.

“La question que nous devons nous poser, ici en Aragon, est : ce que vous ne voulez pas pour le reste du monde, le voulez-vous pour l’Europe, pour l’Espagne et pour l’Aragon”, a clamé le Premier ministre lors d’un meeting de campagne dans la ville de Teruel. Il a condamné la “misogynie et la haine” de Vox, qui, a-t-il averti, pourrait faire partie d’une coalition avec le PP s’ils obtenaient la majorité.

Mais pour Tomás Guitarte, tête de liste d’Aragón Existe, qui cherche à représenter les électeurs des zones rurales, ces débats détournent l’attention de préoccupations plus urgentes.

“60% de la population d’Aragon vit sur 2% de son territoire, tandis que le reste souffre de graves problèmes liés au dépeuplement”, met-il en avant auprès de POLITICO.

“Ils devraient en parler, mais au lieu de cela, les dirigeants nationaux viennent ici et transforment la campagne en un débat national, axé sur ce qui les préoccupe à Madrid plutôt que sur les véritables préoccupations de l’Aragon”, dénonce-t-il.

Tomás Guitarte pointe que le logement est une préoccupation majeure pour les électeurs. Se décrivant comme un parti transversal, Aragón Existe se présente comme un partenaire de coalition potentiel pour le PP, qui a peu de chances d’obtenir une majorité absolue.

Cependant, Vox est susceptible d’être le seul partenaire viable du PP et celui qui devrait réaliser les gains les plus substantiels. Le parti national-conservateur a courtisé les agriculteurs de la région en s’attaquant à la politique agricole de l’UE tout en condamnant la volonté du gouvernement central d’accueillir des migrants. Les projections montrent que Vox pourrait presque doubler son nombre de sièges, des estimations qui font écho à sa forte performance dans les sondages au niveau national.

Les socialistes participent aussi à donner une dimension nationale à l’élection en présentant l’ancienne ministre Pilar Alegría comme candidate. | Mariscal/EPA

Le PP lutte aussi contre la menace électorale que représente Vox, qui divise la droite, soulève Oriol Bartomeus.

“Plus le soutien de Vox augmente, plus les résultats du PP sont mauvais”, résume-t-il. “Le PP ne progresse pas de manière substantielle parce qu’une partie de sa base d’électeurs va chez Vox.”

Dans l’ensemble, les analystes politiques ne croient pas que le résultat d’Aragon puisse à lui seul obliger Pedro Sánchez à avancer les élections générales, prévues en 2027. Mais, avec l’effet cumulé de défaites en Aragon, en Castille et León et, surtout, dans l’ancien bastion socialiste d’Andalousie, il serait très difficile pour le Premier ministre de résister.

Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.

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