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5 choses à savoir sur le sommet mondial sur l’océan à Nice

NICE — Une cinquantaine de chefs d’Etat se réunissent cette semaine à Nice pour restaurer les océans, en souffrance depuis un bon moment. La troisième Conférence des Nations unies sur les océans (UNOC) s’achèvera vendredi ; en théorie par une déclaration politique visant à ce que le monde prenne la bonne direction en matière de conservation des océans et de pêche durable.

Toutefois, face aux menaces urgentes qui pèsent sur les mers de la planète, les scientifiques et les écologistes mettent en garde les pays contre la tentation de se contenter de belles paroles sur une question environnementale qui est souvent reléguée au second plan par rapport à la crise climatique.

1. Quels sont les enjeux ?

L’océan produit environ la moitié de l’oxygène de la planète, absorbe 30% de toutes les émissions de dioxyde de carbone et capte 90% de l’excès de chaleur généré par ces émissions. Il s’agit du plus grand puits de carbone de la planète.

Mais cela pourrait changer, car les écosystèmes marins et côtiers sont confrontés à de multiples menaces — notamment les effets du changement climatique, l’érosion côtière, l’élévation du niveau de la mer, les pressions exercées par la pêche et la pollution.

Les niveaux d’oxygène dans les océans diminuent, selon un rapport de l’UNESCO de 2024, et le réchauffement des océans se produit à un rythme sans précédent et de plus en plus rapide. Les écosystèmes côtiers de carbone bleu (ceux qui retirent le CO2 de l’atmosphère, comme les mangroves, herbiers marins et marais maritimes) constituent toujours une importante réserve de carbone, mais 20% à 35% d’entre eux ont disparu depuis 1970.

L’ONG OceanCare, spécialisée dans la conservation marine, avertit que l’état des océans n’a fait qu’empirer depuis la dernière édition de l’UNOC, qui s’est tenue à Lisbonne en 2022.

“Depuis Lisbonne 2022, nous avons vu l’état des océans se dégrader sur de nombreux indicateurs, tandis que les gouvernements tiennent des discours ambitieux sans beaucoup d’actions tangibles”, a pointé Fabienne McLellan, directrice générale d’OceanCare, dans une déclaration. “La fenêtre pour une action efficace sur les océans est susceptible de se refermer dans les cinq à dix prochaines années.”

2. Quel est l’intérêt de la Conférence ?

Cette Conférence n’est pas aussi formelle qu’une COP sur le climat : les pays ne négocieront rien de contraignant. Mais l’un des résultats concrets attendus des négociations est une “déclaration politique”, qui doit être approuvée par les pays le dernier jour.

Ce qui sera probablement la version finale du texte est beaucoup moins fort que la première version : une référence à la “triple crise planétaire” (changement climatique, pollution et perte de biodiversité) a été supprimée et la formulation est plus souple sur la décarbonation du transport maritime et la ratification du Traité sur la haute mer (BBNJ), ce qui inquiète des groupes de défense de l’environnement, comme Greenpeace.

La ratification du BBNJ est un autre des grands objectifs de la semaine. Emmanuel Macron a annoncé lundi que suffisamment de pays s’étaient “formellement engagés” à ratifier l’accord, ce qui constitue une “victoire” pour la Conférence.

Sa ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, a assuré “pouvoir sécuriser la mise en œuvre de ce traité d’ici la fin de l’année”. Car, sur le plan formel, les pays qui s’engagent à ratifier le traité cette semaine pourraient encore mettre un certain temps à conclure la procédure officielle.

Le nombre de ratifications est actuellement de 50.

L’UNOC est également l’occasion pour les pays de discuter et de présenter de nouveaux accords sur des sujets, tels que le financement vert, l’exploitation minière en eaux profondes, la pêche illégale et le chalutage de fond.

Lundi, par exemple, Chypre, les îles Marshall et la Lettonie ont rejoint l’appel international en faveur d’un moratoire sur l’exploitation minière en eaux profondes. Cela porte à 37 le nombre de pays qui y sont favorables, tous préoccupés par les conséquences potentielles sur l’environnement de l’exploitation des minéraux en eaux profondes dans les eaux internationales.

En coulisses, les pays tentent de faire avancer les négociations en cours sur un traité mondial sur le plastique, actuellement bloquées car les pays se disputent sur la question de savoir s’il faut ou non réduire la production de plastique. Le prochain cycle de négociations officielles est prévu en août à Genève.

3. Qui est (et n’est pas) présent ?

Le président Emmanuel Macron a ouvert la réunion avec son homologue brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le secrétaire général de l’ONU António Guterres et le président du Costa Rica Rodrigo Chaves Robles, qui coorganise la Conférence.

Mais les Etats-Unis ont décidé de ne pas venir.

Le sommet vise à promouvoir les utilisations durables des ressources océaniques — l’un des 17 objectifs de développement durable de l’ONU. L’administration Trump a rejeté ces objectifs, les qualifiant d’“incompatibles avec la souveraineté des Etats-Unis”. Un porte-parole du département d’Etat a déclaré que la Conférence sur les océans était “en contradiction” avec les positions des Etats-Unis.

Rappelons que Donald Trump a également engagé le retrait de son pays de l’Accord de Paris sur le climat et qu’il est ouvertement hostile aux traités environnementaux.

La Chine, rivale des Etats-Unis, est en revanche présente. Le pays envoie le vice-président Han Zheng au sommet, signalant ainsi que Pékin est toujours engagé dans les questions environnementales au niveau multilatéral, et souhaite se réaligner sur l’Europe, a indiqué à POLITICO Li Shuo, directeur du China Climate Hub à l’Asia Society Policy Institute.

Nice regorge également d’ONG et de groupes d’intérêts, qu’il s’agisse des organisations professionnelles de pêcheurs, comme l’EAPO européenne, ou le géant français du transport maritime CMA CGM qui finance en partie l’UNOC en tant que “partenaire mondial”.

4. Quel est le rôle de l’UE ?

La Commission européenne a travaillé d’arrache-pied à l’élaboration d’un Pacte européen pour l’océan pour le dévoiler à Nice. Il a été présenté à la Conférence par la présidente Ursula von der Leyen lundi.

Ses principaux objectifs sont : réduire les formalités administratives, promouvoir la pêche durable, booster le tourisme maritime, renforcer la défense maritime et investir dans la science océanique. Il prévoit également l’adoption, d’ici à 2027, d’une loi européenne d’envergure visant à gérer l’utilisation des océans européens.

L’UE “utilisera son poids diplomatique” pour influencer la gouvernance des océans, selon le Pacte, en s’appuyant sur la zone économique exclusive cumulée des pays de l’Union, sur son vaste marché des produits de la mer et sur son engagement en faveur de la durabilité.

Costas Kadis, commissaire européen chargé des Océans, s’attelle à la tâche.

Le Chypriote participe à plusieurs événements, dont l’un appelle à des “mesures de précaution concernant l’exploitation minière en eaux profondes”, un procédé controversé qui consiste à extraire des métaux rares et précieux du fond des océans. L’UE soutient une “pause de précaution” dans cette pratique jusqu’à ce qu’il soit confirmé que l’extraction minière en eaux profondes ne constitue pas une menace pour les écosystèmes marins.

Coastas Kadis rencontrera également la secrétaire générale de l’Autorité internationale des fonds marins (ISA), Leticia Reis de Carvalho, avant une importante réunion de l’ISA qui se tiendra dans le courant du mois afin de poursuivre les négociations sur un code d’exploitation minière en eaux profondes.

5. Et les Français ?

Les enjeux sont importants pour le gouvernement français, qui s’est fixé la tâche difficile d’essayer de sauver l’Accord de Paris sur le climat dix ans après son adoption — alors que les Etats-Unis reviennent sur leurs engagements et font reculer leurs propres lois vertes.

Emmanuel Macron “va se servir de l’UNOC […] pour accroître la mobilisation en vue de la COP30”, a expliqué un conseiller de l’Elysée à la presse. Le pays profite également de son statut d’hôte pour influencer les négociations sur le traité sur le plastique et l’exploitation minière en eaux profondes.

Néanmoins, le gouvernement a été critiqué pour son inaction supposée concernant le chalutage de fond dans les zones marines protégées.

Bien qu’Emmanuel Macron ait fait part de sa volonté de “limiter” davantage le chalutage de fond dans certaines des aires marines protégées du pays, les groupes de défense de l’environnement ne sont pas impressionnés. L’ONG Oceana a critiqué le président pour avoir “pris ces mesures principalement dans des zones où le chalutage de fond n’est pas pratiqué”.

“Le président Macron a fait naître l’espoir que le gouvernement français agirait enfin contre le chalutage de fond dans les aires marines protégées. Ces annonces sont toutefois plus symboliques qu’impactantes”, a tranché Nicolas Fournier, directeur des campagnes d’Oceana.

Nicolas Camut a contribué à cet article.

Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.

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