Le géant français de l’énergie TotalEnergies a annoncé jeudi qu’il redémarrait son projet controversé d’exploitation de gaz naturel au Mozambique. Le projet avait été arrêté en 2021 après une attaque djihadiste à proximité, qui a conduit la major a être poursuivie pour homicide involontaire en novembre.
“Je suis heureux d’annoncer le redémarrage complet du projet Mozambique LNG (…) Le cas de force majeure est levé”, a déclaré Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, lors d’une cérémonie à laquelle assistait le président mozambicain Daniel Chapo.
Le projet, présenté comme la plus grande exploitation de gaz naturel liquéfié d’Afrique, a été suspendu en 2021 à la suite d’une attaque meurtrière de rebelles liés à l’Etat islamique. Une enquête menée par POLITICO en 2024 a révélé que des soldats mozambicains établis sur la concession de TotalEnergies, juste au sud de la frontière tanzanienne, ont ensuite brutalisé, affamé, étouffé, exécuté ou fait disparaître environ 200 hommes dans sa guérite entre juin et septembre 2021.
En décembre 2025, les gouvernements britannique et néerlandais ont retiré leur soutien au projet, à hauteur de 2,2 milliards de dollars, les Néerlandais publiant un rapport qui corrobore de nombreux éléments de l’enquête de POLITICO.
TotalEnergies a nié ces allégations, déclarant que ses propres “recherches approfondies” n’ont pas permis d’identifier “d’informations ou de preuves qui pourraient corroborer les allégations d’abus graves et de torture”. Le gouvernement mozambicain a également rejeté les accusations de crimes de guerre contre ses forces armées.
Ces révélations ont néanmoins interrogé plusieurs parlementaires français et déclenché des critiques à l’égard des mesures de sécurité prises par TotalEnergies dans les zones de conflit. Le site du Mozambique est en proie à une insurrection islamiste.
“Les entreprises et leurs dirigeants ne sont pas des acteurs neutres lorsqu’ils opèrent dans des zones de conflit”, a déclaré Clara Gonzales, codirectrice du programme sur les entreprises et les droits humains pour l’ECCHR, une association berlinoise d’avocats, spécialisée en droit international. “S’ils permettent ou alimentent des crimes, ils peuvent être complices et doivent être tenus pour responsables.”
S’exprimant ce jeudi au Mozambique, Patrick Pouyanné a déclaré que l’activité autour du site allait maintenant s’accélérer. “Vous verrez une augmentation massive de l’activité dans les mois à venir (…) Un premier navire offshore a déjà été mobilisé”, s’est-il réjouit.
Selon un communiqué de l’entreprise, la construction a repris sur terre et en mer, avec environ 4 000 travailleurs actuellement mobilisés. Le projet est achevé à environ 40% et la première production de GNL est prévue pour 2029.
Les Amis de la Terre et Reclaim Finance ont dénoncé dans un communiqué “une décision irresponsable et dangereuse” et appellent les banques françaises soutenant le projet à retirer leur financement.
TotalEnergies détient une participation de 26,5% dans le consortium Mozambique LNG. Une relance ouvre la voie à des milliards de dollars d’exportations de gaz.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été adapté en français par Alexandre Léchenet.



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