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Comment Davos s’est trumpisé

DAVOS, Suisse — L’arrivée du président américain Donald Trump dans la station alpine de Davos, cette semaine, marque à la fois l’aboutissement d’un an d’efforts pour le courtiser et un tournant pour cet événement autrefois perçu comme le symbole de la mondialisation libérale.

L’édition de cette année du Forum économique mondial (WEF en anglais), qui a démarré ce lundi, met en évidence un changement radical pour ce rendez-vous longtemps caricaturé comme un lieu de discussion “woke” : le climat et la diversité ont été relégués au second plan, l’intelligence artificielle et la croissance ont pris le dessus, et les Etats-Unis — avec la présence de Donald Trump et son cercle restreint — devraient monopoliser l’attention. Cette évolution coïncide avec une campagne de plusieurs mois visant à attirer le président américain et à réaffirmer la pertinence du WEF, qui s’essoufflait ces dernières années.

“Post-Davos l’année dernière, j’ai entamé des discussions avec la Maison-Blanche et je me suis coordonné avec la cheffe de cabinet Susie Wiles”, a retracé Børge Brende, le patron du Forum économique mondial, à POLITICO lors d’un appel vidéo depuis son bureau à Genève la semaine dernière.

“J’ai également visité Washington début décembre, j’ai eu des réunions à la Maison-Blanche, mais aussi avec les différents [membres du gouvernement], et maintenant nous sommes dans une situation où Trump vient, et nous avons également cinq secrétaires [équivalents de ministres, NDLR] de premier rang”, s’est-il réjoui. “Il y aura une forte présence américaine à Davos.”

Børge Brende, ancien ministre norvégien des Affaires étrangères, s’est manifestement donné pour mission de trouver des orateurs de renom pour le sommet alpin de l’élite économique et politique mondiale.

Après des éditions compliquées pendant la période Covid, une forte augmentation des coûts de participation et des turbulences au sein de la direction du WEF, la présence de Donald Trump, entouré des acteurs les plus puissants du mouvement MAGA (Make America Great Again), équivaut à un vote de confiance pour événement que certains avaient jugé dépassé ou en perte de vitesse.

Cette année, l’administration Trump sera la vedette de Davos — et au centre d’une grande partie des négociations qui l’entourent. | Anna Moneymaker/Getty Images

Cette domination américaine coïncide avec une évolution plus large du programme lui-même.

Autrefois, Davos avait offert sa scène principal à une Greta Thunberg avertissant que “notre maison est en feu” en référence à la crise climatique, célébré un groupe de coprésidentes entièrement féminin dans le sillage de #MeToo, et poussé les gouvernements à suivre les progrès dans l’application de l’Accord de Paris et des objectifs de développement durable des Nations unies. Aujourd’hui, il fait place au programme MAGA de Trump à un moment où le président américain a une fois de plus bouleversé la diplomatie mondiale, en menaçant de droits de douane les pays européens parce qu’ils résistent à son ambition de s’emparer du Groenland.

L’entourage de Donald Trump comprendra Marco Rubio (secrétaire d’Etat), Scott Bessent (Trésor), Howard Lutnick (Commerce), le représentant au Commerce Jamieson Greer, Chris Wright (Energie), l’envoyé spécial des Etats-Unis au Moyen-Orient Steve Witkoff, et le gendre du président, Jared Kushner.

Des invités traités comme VIP, bien sûr. Børge Brende a interrompu l’interview à deux reprises pour prendre un appel de Jared Kushner.

“Passez le bonjour à Ivanka”, a-t-il glissé, avant de couper son micro.

Au revoir le wokisme, bonjour l’IA

Cette année, le WEF a choisi un thème à l’intitulé des plus consensuels : “L’esprit de dialogue”. Les sujets précédemment à la mode, tels que l’écologie et la diversité, sont largement passés à la trappe et remplacés par des formulations telles que “construire la prospérité dans les limites de la planète” ou “investir dans les individus”.

Les participants issus de l’élite mondiale assisteront à des débats sur les opportunités économiques de la nature (“Business case for nature”), l’impact de l’intelligence artificielle sur la hiérarchie dans les entreprises (“Corporate ladders, AI reshuffled”) ou la science comme moteur de la croissance (“Science as a growth engine”), avec l’industrie de l’IA et son potentiel de croissance économique au cœur du programme.

Ce dernier a-t-il été conçu pour attirer l’administration Trump ? Le Forum est “indépendant et impartial”, a répondu Børge Brende, assurant que le programme est “tel que nous l’avions prévu et n’est pas modifié par des acteurs extérieurs”.

Que ce soit intentionnel ou non, cette édition s’éloigne clairement des sujets “woke”, même si les habitués de Davos estiment qu’il s’agit plus d’un choix reflétant le contexte actuel plutôt que d’une stratégie délibérée.

Il est “tout à fait raisonnable de se concentrer sur les questions d’environnement et de justice sociale, mais à l’heure actuelle, le monde est beaucoup plus préoccupé par les questions épineuses de géopolitique”, a soulevé Clayton Allen, responsable des Etats-Unis au sein de l’Eurasia Group.

Pour Mike Rubino — ancien de la première administration Trump, aujourd’hui associé chez Forward Global et Ballard Partners —, ce changement de focale fait “en quelque sorte partie intégrante du nouvel ordre mondial”.

“Ces questions sont passées de mode”, a-t-il acté, citant l’essor puis le déclin du sujet de l’énergie nucléaire à Davos, tout comme de l’attention accordée à la guerre en Ukraine.

Les responsables européens ont estimé en privé que Davos était l’occasion de faire pression sur Donald Trump pour qu’il approuve personnellement les garanties de sécurité des Etats-Unis et discutées à Paris la semaine dernière. | Telmo Pinto/LightRocket via Getty Images

Pendant ce temps, les milliardaires, hommes d’affaires et financiers, traditionnels invités du WEF, rencontreront des “hyperscalers” (des datacenters à grande échelle) de l’intelligence artificielle en portant un toast aux montants records de leur richesse personnelle.

Le président du géant de l’IA Nvidia, Jensen Huang, fera aussi partie des orateurs vedettes, tandis que des cadres dirigeants de Microsoft, Meta, Palantir, Anthropic ou OpenAI se réuniront en marge de la conférence avec des financiers, comme JPMorgan, Goldman Sachs, BlackRock ou Salesforce.

Les Etats-Unis arrivent en force

Cette année, l’administration Trump sera la vedette de Davos — et au centre d’une grande partie des négociations qui l’entourent.

Clayton Allen racontait que ses clients sont “extrêmement intéressés par tout ce qui a trait à la façon dont Trump aborde le reste du monde. Tout ce que fait Trump, toute interaction qu’il a avec des dirigeants étrangers […] juste ça intéresse énormément.”

Des dirigeants européens sont aussi attendus à Davos. Ils s’efforceront de négocier avec Donald Trump après sa menace de nouveaux droits de douane contre l’UE, liée à son ambition de prendre le contrôle du Groenland, et la suspension de l’accord commercial entre l’Europe et les Etats-Unis.

Le président Emmanuel Macron et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen figurent parmi les participants, aux côtés des dirigeants de l’Allemagne, de la Pologne, de l’Espagne et de plusieurs autres pays de l’Union, ainsi que du secrétaire général de l’Otan Mark Rutte.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky est également attendu aux côtés de dirigeants qui espèrent profiter du Forum de Davos pour obtenir des engagements américains sur un éventuel cadre de paix en Ukraine, que ce soit en approuvant des garanties de sécurité des Etats-Unis ou en obtenant son soutien à un accord économique plus réduit lié à la reconstruction de l’Ukraine après-guerre.

“Il y a beaucoup plus d’enthousiasme cette année”, a observé Mike Rubino.

“On voit des CEO se ruer, non seulement pour tenter d’accéder à la réception que [Trump] donnera, mais aussi pour entrer dans la Maison des Etats-Unis”, a-t-il ajouté, faisant référence à la petite église qui accueille les représentants de l’administration américaine et les chefs d’entreprise tout au long de la semaine et qui est sponsorisée à prix d’or par Microsoft et McKinsey.

Un patron américain a joué un rôle essentiel dans le redressement du WEF : Larry Fink, de BlackRock.

Celui-ci a été nommé coprésident par intérim après la démission du fondateur du Forum de Davos, Klaus Schwab, à la suite d’accusations portées par un lanceur d’alerte concernant sa gestion (une enquête interne n’a trouvé “aucune preuve de faute grave”). Après son départ, l’Allemand avait affirmé avoir discuté avec Christine Lagarde de raccourcir son mandat à la présidente de la Banque centrale européenne pour qu’elle prenne son poste au WEF, ce que la Française avait ensuite démenti.

Cette “période difficile” passée, la direction du WEF a “agi rapidement” pour consolider les choses, a tempéré Børge Brende. Larry Fink et le milliardaire suisse André Hoffmann lui ont apporté leur poids financier et économique, et utilisé leur carnet d’adresses pour attirer des conférenciers de renom.

Cette manière de procéder fonctionne “très bien”, a assuré Børge Brende. “Je leur parle presque tous les jours et c’est une équipe formidable.”

Selon un initié, le fondateur du WEF, Klaus Schwab, ne devrait pas participer au sommet de cette année.

Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.

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