Monday, 26 January, 2026
London, UK
Monday, January 26, 2026 9:45 PM
overcast clouds 5.5°C
Condition: Overcast clouds
Humidity: 88%
Wind Speed: 22.2 km/h

Les 5 postes les plus difficiles à Bruxelles

A Bruxelles, personne ne vous entend crier” — Kasper Juul, spin doctor, dans la série danoise Borgen.

Pour certains responsables politiques, Bruxelles est l’endroit où l’on est envoyé quand on dérange dans son pays ou qu’on a fait son temps.

Pour d’autres, c’est la possibilité d’obtenir un poste prestigieux, au-delà de leur rang ou de leur expérience.

On trouve aussi des bureaucrates qui se présentent chaque jour devant les caméras en tant que porte-parole de la Commission européenne, bien qu’ils aient peu ou pas d’expérience des médias. Ou encore des diplomates de carrière, qui se retrouvent à gérer des dossiers ayant des conséquences majeures sur la politique intérieure.

Toutes ces personnes sont unies par une croyance, dans une certaine mesure, dans le projet européen. Mais travailler dans la capitale de l’UE peut virer au cauchemar (malgré la visibilité, le salaire élevé et d’autres avantages).

Voici les cinq personnes dont nous pensons qu’elles ont les métiers les plus difficiles à Bruxelles, et pourquoi.

Mark Rutte, secrétaire général de l’Otan

Certes, on le surnomme “Teflon” — parce que tout glisse sur lui — aux Pays-Bas ou au sein de l’Otan, mais avec Donald Trump à la Maison-Blanche, la tâche de Mark Rutte est de toute évidence la plus difficile à Bruxelles.

A l’heure actuelle, il semble que son rôle consiste moins à diriger l’alliance militaire qu’à essayer d’empêcher un homme — Donald Trump — de la démanteler entièrement. Et l’ancien Premier ministre néerlandais apparaît plutôt doué pour murmurer à l’oreille du président américain. Peu de temps après en avoir remis une couche sur le Groenland dans son discours à Davos la semaine dernière, le locataire de la Maison-Blanche a rencontré Mark Rutte et a annoncé à la surprise générale qu’ils avaient établi “le cadre d’un futur accord”.

Reste que cela met le Néerlandais dans une situation étrange. En mars dernier, lorsque les deux hommes se sont rencontrés dans le Bureau ovale, Donald Trump a déclaré qu’il voulait annexer le Groenland, ce à quoi Mark Rutte n’a pu que répondre : “Je ne veux pas entraîner l’Otan” dans cette affaire, irritant les Danois. Aucune disposition du traité fondateur de l’Alliance de 1949 n’envisage qu’un allié en attaque un autre, et la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, comme d’autres, a averti qu’une invasion signifierait la fin de l’Otan. Mi-janvier, Mark Rutte assurait que l’Alliance n’était “pas du tout” en crise.

Le secrétaire général en a fait tiquer plus d’un lorsqu’il a appelé Donald Trump “daddy, un commentaire sur lequel il a tenté de revenir.

Le cabinet de Mark Rutte n’a pas répondu à une demande de commentaire pour cet article.

“Je comprends parfaitement la difficulté de sa tâche [maintenir l’unité de l’Otan], mais c’est tellement pénible de le regarder”, confie un diplomate chevronné de l’UE, sous couvert de l’anonymat pour pouvoir s’exprimer librement, comme d’autres personnes dans cet article.

Le secrétaire général, Mark Rutte, en a fait tiquer plus d’un lorsqu’il a appelé Donald Trump “daddy“, un commentaire sur lequel il a tenté de revenir. | Mandel Ngan/AFP via Getty Images

“Marcher sur une corde raide avec un vent contraire est plus facile que le travail du secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte”, compare Nicolás Pascual de la Parte, ancien ambassadeur espagnol auprès de l’Alliance, aujourd’hui eurodéputé du Parti populaire européen et membre de la commission de la Sécurité et de la Défense. “Garder l’Alliance atlantique unie dans les circonstances actuelles exige un sens politique sans pareil pour tempérer la stratégie de l’abîme de Trump.”

Paula Pinho, porte-parole en chef de la Commission

Sous l’ère von der Leyen, la fonction de porte-parole en chef est devenue très difficile. Les responsables publics affirment que la présidente de la Commission travaille dans un bunker — au sens figuré —, avec seulement son chef de cabinet, Björn Seibert, dans la boucle, tandis que tous les autres sont soit laissés dans l’ignorance, soit au courant uniquement des informations strictement nécessaires — ce qui est très différent du style plus collégial de son prédécesseur, Jean-Claude Juncker.

Cela fait du travail de la Portugaise Paula Pinho, nommée porte-parole en chef de la Commission en novembre 2024 et avocate de formation, l’un des plus difficiles à Bruxelles, puisqu’elle doit tous les jours faire face aux questions des journalistes devant les caméras. Mais souvent, Paula Pinho — une germanophone proche de Michael Hager, le chef de cabinet du commissaire Valdis Dombrovskis et considéré comme un allié de Björn Seibert — ne peut pas répondre, soit parce qu’elle n’y est pas autorisée, soit parce qu’elle n’a pas reçu la réponse, relatent des responsables publics et des diplomates.

La Commission est ainsi plus fermée que jamais. En janvier dernier, lorsqu’Ursula von der Leyen a été hospitalisée pour une pneumonie, c’est l’agence de presse allemande DPA qui a annoncé la nouvelle. Alors que le mois suivant, même le Vatican, réputé pour son manque de transparence, n’a pas caché que le pape François avait été hospitalisé.

Lors du départ d’Eric Mamer, le prédécesseur de Paula Pinho, les responsables européens ont plaisanté sur le nombre de bouteilles de champagne qu’il avait ouvertes pour fêter sa liberté. Au moins, le sacrifice d’Eric Mamer a été récompensé : il a ensuite été nommé directeur général de la DG Environnement.

Paula Pinho a déclaré à POLITICO : “Je suis honoré d’occuper ce qui est l’un des emplois uniques à Bruxelles. Cela ne se mesure certainement pas au confort ou à la facilité des tâches, mais à la responsabilité et à la sobriété.”

Elle a ajouté qu’une partie de son travail “consiste à faire la différence entre ce que le public a besoin de savoir et ce que certains médias aimeraient bien savoir”.

Kaja Kallas, la cheffe de la politique étrangère de l’UE

Le Service européen pour l’action extérieure (SEAE), l’organe diplomatique de l’Union européenne, a été créé en 2010 et la tâche du haut représentant qui le dirige a toujours été difficile, car les Etats membres, en particulier les plus grandes puissances, veulent garder la politique étrangère entre leurs mains.

Les relations entre Ursula von der Leyen et l’ancien titulaire du poste, Josep Borrell, étaient très mauvaises, selon des responsables européens. C’est encore pire avec Kaja Kallas.

La région méditerranéenne a été retirée du portefeuille de l’Estonienne, la Commission ayant créé l’année dernière un service consacré au Moyen-Orient, à l’Afrique du Nord et aux pays du Golfe (DG MENA). Dans le même temps, l’exécutif européen a travaillé activement sur des plans visant à réduire la taille du SEAE.

Kajas Kallas a tenté de réagir en voulant nommer un secrétaire général adjoint puissant en la personne de Martin Selmayr, l’ancien chef de cabinet redouté de Jean-Claude Juncker, mais cette initiative a été bloquée par le cabinet d’Ursula von der Leyen.

Kaja Kallas “se plaint en privé qu’elle [von der Leyen] est une dictatrice, mais elle ne peut rien y faire ou presque”, pointe un responsable européen chevronné. De plus, la haute représentante est originaire d’Estonie, un petit Etat, et son parti, les libéraux, n’est pas très puissant, ce qui rend sa position encore plus faible que celle de Josep Borrell (un socialiste espagnol).

Le cabinet de Kaja Kallas n’a pas répondu à une demande de commentaire.

Bálint Ódor, ambassadeur de Hongrie

Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán aime jouer les méchants avec sa ligne prorusse et pro-Trump, rendant le travail de l’ambassadeur du pays auprès de l’UE difficile. L’actuel occupant du poste, Bálint Ódor, est considéré comme proche du parti Fidesz de Viktor Orbán, contrairement à son prédécesseur, Tibor Stelbaczky, qui travaille désormais pour l’organe diplomatique de l’UE.

Bálint Ódor est considéré comme proche du parti Fidesz de Viktor Orbán. | Thierry Monasse/Getty Images

Lorsque les ambassadeurs hongrois tentent d’adoucir certaines lignes dures de leur gouvernement, cela crée des soupçons à Budapest quant à leur loyauté, relate un diplomate hongrois. Un responsable public a décrit l’ambassadeur hongrois comme “l’éléphant dans la pièce”, en raison des liens étroits du pays avec le Kremlin.

Au cours de la présidence hongroise du Conseil de l’UE l’année dernière, des diplomates ont exprimé des inquiétudes quant au partage de certaines informations avec les Hongrois en raison de la proximité de leur Premier ministre avec la Russie (le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, rencontre régulièrement son homologue russe, Sergey Lavrov, qui est sous sanctions européennes). “C’est un privilège de servir mon pays et de représenter les intérêts hongrois”, a répondu Bálint Ódor à POLITICO.

Maroš Šefčovič, commissaire au Commerce

Lorsqu’un dossier est difficile à résoudre, il faut faire appel au commissaire slovaque formé à Moscou et surnommé “Mister Fix It pour sa capacité à résoudre les problèmes.

Cet ex-membre du Parti communiste slovaque est commissaire depuis octobre 2009, ce qui fait de lui le plus ancien commissaire en exercice, ayant servi sous José Manuel Barroso, Jean-Claud Juncker et Ursula von der Leyen.

Maroš Šefčovič a été appelé à superviser la réponse de l’UE à des défis extraordinaires (et compliqués) comme le Brexit et le Pacte vert européen, et maintenant, à l’ère Trump, il est chargé du commerce. Mais il fait plus que cela. Par exemple, lorsqu’Ursula von der Leyen n’a pas voulu se rendre au Parlement européen à Strasbourg pour un débat sur l’opportunité de la censurer, elle et son collège de commissaires (et donc lui), elle l’a envoyé à sa place.

Le cabinet de Maroš Šefčovič n’a pas répondu à une demande de commentaire.

Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.

LP Staff Writers

Writers at Lord’s Press come from a range of professional backgrounds, including history, diplomacy, heraldry, and public administration. Many publish anonymously or under initials—a practice that reflects the publication’s long-standing emphasis on discretion and editorial objectivity. While they bring expertise in European nobility, protocol, and archival research, their role is not to opine, but to document. Their focus remains on accuracy, historical integrity, and the preservation of events and individuals whose significance might otherwise go unrecorded.

Categories

Follow

    Newsletter

    Subscribe to receive your complimentary login credentials and unlock full access to all features and stories from Lord’s Press.

    As a journal of record, Lord’s Press remains freely accessible—thanks to the enduring support of our distinguished partners and patrons. Subscribing ensures uninterrupted access to our archives, special reports, and exclusive notices.

    LP is free thanks to our Sponsors

    Privacy Overview

    Privacy & Cookie Notice

    This website uses cookies to enhance your browsing experience and to help us understand how our content is accessed and used. Cookies are small text files stored in your browser that allow us to recognise your device upon return, retain your preferences, and gather anonymised usage statistics to improve site performance.

    Under EU General Data Protection Regulation (GDPR), we process this data based on your consent. You will be prompted to accept or customise your cookie preferences when you first visit our site.

    You may adjust or withdraw your consent at any time via the cookie settings link in the website footer. For more information on how we handle your data, please refer to our full Privacy Policy