Wednesday, 04 February, 2026
London, UK
Wednesday, February 4, 2026 7:40 PM
clear sky 8.5°C
Condition: Clear sky
Humidity: 84%
Wind Speed: 31.5 km/h

Olivier Colom, le “grand ami” français de Jeffrey Epstein

Les services d’Olivier Colom, l’ancien conseiller de Sarkozy, à son “grand ami” Epstein

Pendant des années, un ancien conseiller diplomatique à l’Elysée a joué pour Jeffrey Epstein l’intermédiaire entre politiques, hauts fonctionnaires et personnalités du monde des affaires.

By  PAUL DE VILLEPIN, MARION SOLLETTY
AND PAULINE DE SAINT REMY

Illustration par Natália Delgado/POLITICO

PARIS — “Est-ce que Sarkozy est dans les parages, j’aimerais le rencontrer si tu crois que ça peut être marrant”, écrit Jeffrey Epstein à Olivier Colom, par mail, en octobre 2013.

Le Français à qui le multimillionnaire américain s’adresse est un ancien membre de la cellule diplomatique de l’Elysée sous Nicolas Sarkozy. Son nom, jusque-là inconnu du grand public, apparaît à plusieurs centaines de reprises parmi les trois millions de documents publiés fin janvier par le ministère américain de la Justice, baptisés “Epstein files”.

En remontant le fil de la correspondance entre ces deux hommes, qui s’étale sur plusieurs années, POLITICO en a appris un peu plus cette relation. Celle-ci en dit beaucoup sur la façon dont Epstein, condamné dès 2008 dans une procédure de plaider-coupable pour avoir eu des relations sexuelles tarifées avec des mineures, avant d’être inculpé en 2019 dans une procédure fédérale plus lourde pour des faits de trafic sexuel sur mineurs, a tissé sa toile en France.

C’est en 2011 qu’Olivier Colom apparaît pour la première fois dans la boîte mail jeevacation@gmail.com, l’une des principales adresses électroniques utilisées par le financier.

Vingt mois après être sorti d’un centre de détention en Floride, Epstein est de passage à Paris où il possède un appartement avenue Foch, dans le XVIe arrondissement. Au cours de ce séjour, le diplomate et ex-ministère norvégien Terje Roed-Larsen, proche d’Epstein, lui suggère dans un message de rencontrer Colom. Cet énarque de 41 ans est alors conseiller diplomatique à l’Elysée, où il est chargé des affaires globales et de la préparation des sommets internationaux pour le président de la République Nicolas Sarkozy.

Pantouflage et entregent

Parmi ceux qui ont côtoyé Colom au travail, plusieurs personnes dépeignent, sous couvert d’anonymat, un “bon diplomate, très sociable” ou encore un homme “posé et caustique”. “C’était quelqu’un de très gentil, très smart et très professionnel, qui ne s’est jamais comporté de manière déplacée”, raconte une cheffe d’entreprise, mise en relation avec lui par Epstein au milieu des années 2010. “Il était très imbu de lui-même”, nuance l’une des ses anciennes relations de la banque.

De 2013 à 2018 au moins, Colom et Epstein seront en contact régulier. Après son départ de l’Elysée en 2012, le Français nourrit un certain ressentiment à l’égard de la Sarkozie, pour n’avoir pas hérité d’un poste à la hauteur de ses espérances, d’après plusieurs ex-collègues au Palais. Il se reconvertit alors dans le privé, rejoignant en 2013 le groupe bancaire Edmond de Rothschild.

Il y travaille avec la belle-fille du fondateur et membre du conseil d’administration, Ariane de Rothschild. Une femme avec qui Jeffrey Epstein lui-même entretenait de longue date des interactions fréquentes sur des questions tant professionnelles que personnelles, comme l’attestent des centaines de mails.

Contactée, celle qui est désormais patronne de l’établissement bancaire nous a fait savoir, par un porte-parole, qu’elle n’avait “aucune connaissance de la conduite et du comportement personnel de M. Epstein” à l’époque, et qu’elle a été “profondément choquée par les agissements révélés ces dernières années”. Elle “condamne sans ambiguïté ces comportements et les crimes dont il s’est rendu coupable”.

Epstein veut rencontrer Sarkozy

Dans toute la période, le Français joue ou prétend jouer le rôle d’ouvreur de portes à Paris pour son “grand ami” américain. “Quand tu seras à Paris, quel genre de personnes souhaites-tu rencontrer ?”, le questionne Colom le 24 septembre 2013. Réponse d’Epstein : “Des intellos, scientifiques… ou de très très mignonnes vingtenaires”.

Les deux hommes prennent pour habitude de se voir à l’occasion de leurs allées et venues respectives entre New York et Paris. Des morceaux de l’agenda d’Epstein, qui figurent dans ses mails, attestent de rendez-vous réguliers.

Epstein propose à plusieurs reprises à Colom de séjourner sur son île privée, située dans les Îles Vierges des Etats-Unis. Si Colom répond en août 2013 qu’il “adorerait découvrir [l’] île un jour”, rien n’indique que ce dernier s’y soit rendu. Les deux hommes échangent en revanche blagues douteuses et allusions à caractère sexuel.

“Tu es où en ce moment ?”, demande par exemple Colom à Epstein le 17 juin 2013. “Sur mon île dans les Caraïbes, avec un aquarium rempli de filles.” Dans la même conversation, ils semblent ensuite évoquer, dans un double langage, leurs préférences sexuelles, comparant les femmes à des poissons et crustacés.

Dans ses messages, Colom laisse penser qu’il se plie en quatre, fin 2013 et début 2014, pour tenter d’organiser une rencontre entre Epstein et Nicolas Sarkozy, dont il a été le sherpa-adjoint à l’Elysée, à la demande expresse du multimillionnaire. Le 31 octobre 2013, le Français écrit : “Je déjeune avec lui [Sarkozy] mardi prochain 5 novembre, je lui demanderai.”

Quelques semaines plus tard, Olivier Colom, qui indique à plusieurs occasions être resté en contact avec l’ex-locataire de l’Elysée, demande à Epstein s’il lui serait possible d’organiser un “rendez-vous discret entre Sarko et Hillary Clinton à NY”.

Le 24 janvier 2014, Epstein propose à Colom de venir chez lui, avenue Foch, en compagnie de Nicolas Sarkozy pour discuter de la situation au Moyen-Orient avec Ehud Barak, ancien Premier ministre israélien.

Les mails ne permettent néanmoins pas d’établir si ces entrevues ont finalement eu lieu.

Interrogé par POLITICO, le cabinet de Nicolas Sarkozy, après recherche, confirme qu’une rencontre publique avec Hillary Clinton a bien eu lieu en avril 2014, mais n’a pas trouvé trace d’une aide d’Olivier Colom pour organiser l’entrevue. Aucune trace non plus d’une rencontre avec Ehud Barak et Epstein, Olivier Colom s’étant d’ailleurs, à partir 2012, peu à peu éloigné de l’ancien président, qui avait ses propres conseillers diplomatiques.

Réseautage à tous les étages

Un autre homme politique français, Bruno Le Maire, a rencontré Jeffrey Epstein par l’entremise d’Olivier Colom. En septembre 2013, le Français informe ainsi l’Américain de son voyage imminent à New York et lui indique que son “ami” Bruno Le Maire “ex-ministre de Sarkozy et futur candidat à l’élection présidentielle sera également ‘en ville’”. Colom précise alors que celui qui fut aussi son camarade de promotion à l’Ena, cherche à lever des fonds.

Contacté par POLITICO, l’entourage de Bruno Le Maire confirme qu’il s’est bien rendu, lors d’un passage à New-York en septembre 2013, à la résidence new-yorkaise d’Epstein dans le très chic Upper East Side, Colom lui ayant fait savoir que des “responsables économiques” souhaitaient le rencontrer. Ce n’est qu’en arrivant sur place que le futur patron de Bercy aurait découvert qu’il se trouvait chez Epstein — il ne serait resté que quelques minutes avant de “tourner les talons”.  

Quelques années plus tard, le 24 novembre 2018, alors que Bruno Le Maire est désormais ministre de l’Economie et des Finances d’Emmanuel Macron, Epstein demande à Colom s’il a “gardé contact avec Bruno ?”. 

Celui-ci lui répond “qu’il le voit régulièrement”, ainsi que “son directeur de cabinet” — Emmanuel Moulin à l’époque. Dans une correspondance précédente, peu après la nomination de Bruno Le Maire à Bercy, Colom se targue même d’être “l’un des plus vieux amis” de celui qui est aujourd’hui secrétaire général de l’Elysée.

Le prétendu entremetteur se pousse-t-il du col ? Oui, d’après Emmanuel Moulin, qui a connu Olivier Colom du temps où tous deux travaillaient à l’Elysée. Sollicité par POLITICO, celui-ci nous affirme ne l’avoir rencontré, dans les années qui suivirent, qu’“une ou deux fois en 2017” tout au plus, dans un cadre professionnel — depuis 2016, Colom, après avoir quitté Edmond de Rothschild, travaille comme consultant à l’international via sa société de conseil “OC Advisory”.

Grâce à son carnet d’adresses dans le corps diplomatique, Colom propose encore à son ami américain, en 2013, de rencontrer le représentant permanent de la France à l’ONU. Epstein sollicite aussi son aide pour obtenir un rendez-vous avec le  consul de France à New York — Bertrand Lortholary, aujourd’hui ambassadeur en Chine —, afin de renouveler le visa Schengen de l’un de ses assistantes qu’il présente également comme sa petite amie.

Dans un autre échange, daté de juillet 2013, les deux hommes spéculent sur le nom du futur ambassadeur des Etats-Unis à Paris, Epstein laisse entendre à Colom qu’il pense savoir qu’Anna Wintour, encore puissante patronne de Vogue US, est candidate, ce que la presse évoquait à l’époque.

Les échanges révèlent que Jeffrey Epstein, pourtant réputé pour son vaste réseau de relations, comptait sur Olivier Colom pour constamment lui présenter des personnalités marquantes lors de ses passages à Paris. “Es-tu dans le coin aujourd’hui ? Je serais ravi de rencontrer toute personne dont tu penses qu’elle me plairait”, lui écrit Epstein en juin 2013.

Colom s’exécute et propose à Epstein de rencontrer tout à tour un ami eurodéputé (dont l’identité n’est pas citée), une star montante de la politique indienne ou encore, en mai 2014, le “vice-ministre russe de l’économie” avec qui Colom dit qu’il s’apprête à prendre un verre dans un bar parisien. Une autre fois, il lui raconte un dîner chez Jean Todt [président de la fédération internationale de l’automobile] en présence de l’ancien premier ministre du Qatar, Abdallah ben Khalifa Al Thani et de Rachida Dati.

“Ça a l’air drôle, mais où sont les filles mignonnes”, rétorque Epstein. Réponse de son correspondant français : “Nulle part… ennuyeux. Il faut vraiment que je vienne te voir.”

Renvoi d’ascenseur

En retour, le financier propose également à Colom de profiter de son réseau. En septembre 2013, Epstein propose par exemple de le convier à un repas avec Ehud Barak, dont Epstein était proche, ou encore avec Joshua Cooper Ramo, qu’il présente comme le ‘bras droit de [Henry] Kissinger.

Au milieu de leurs échanges décousus, tantôt au sujet d’opportunités d’affaires, de voyages ou de montages financiers, apparaissent des propositions plus inattendues. “Tu veux acheter un vignoble à Margaux, j’ai une grosse propriété qui n’attend que toi”, fait miroiter Colom en avril 2014. Quelques mois auparavant, il s’enquiert des recherches de petit personnel d’Epstein : “Je me renseigne pour ta future assistante, mais il faut que tu en embauches une pas trop jolie…”, ose-t-il. Une autre fois, ayant eu vent — par Ariane de Rothschild — de sa quête d’un majordome, il lui suggère le profil d’un homme “qui servait Sarko à l’Elysée”.

Au gré de leurs correspondances se dessine entre les deux hommes une relation allant au-delà de la sphère professionnelle. Dès 2013, ils sont suffisamment proches pour échanger des remarques salaces, comme évoqué plus haut. Leur amitié s’assortit aussi d’un soutien moral et matériel pour Colom lorsque, en 2014, celui qui est alors banquier d’affaires traverse une mauvaise passe sur le plan personnel.

L’ex-diplomate fait part au financier de ses problèmes conjugaux, trouvant chez Epstein une oreille compatissante. “Merde alors [sic], tu es le bienvenu pour venir te reposer sur l’île”, lui écrit ainsi ce dernier. Trois mois plus tard, à en croire leurs échanges, il met à disposition de Colom son chauffeur ainsi qu’un appartement, lors d’un voyage familial de ce dernier à New York.

L’été suivant, en 2015, Colom, manifestement frustré par sa situation financière, demande conseil à Epstein : “Je ne gagne pas assez, j’adorerais venir te voir”, confie-t-il, tout en informant Epstein de son divorce imminent. “Tu peux venir me voir quand tu veux, où tu veux”, je suis toujours disponible pour toi”, le rassure Epstein. 

De fait, Epstein aidera manifestement Colom à négocier son départ du groupe Edmond de Rothschild où il officie alors comme secrétaire général jusqu’à début 2016. A l’issue d’intenses échanges, Epstein l’informe en effet le 3 février 2016 qu’Ariane de Rothschild — qui est en copie du mail — est d’accord pour lui accorder une indemnité de départ de 1,5 million d’euros étalé sur plusieurs mois et que Colom est désormais soumis à un accord de confidentialité.

Contacté par différents canaux, Olivier Colom a décliné un échange téléphonique et nous a invités à lui transmettre nos questions par écrit. Il n’a plus donné suite malgré nos relances.

LP Staff Writers

Writers at Lord’s Press come from a range of professional backgrounds, including history, diplomacy, heraldry, and public administration. Many publish anonymously or under initials—a practice that reflects the publication’s long-standing emphasis on discretion and editorial objectivity. While they bring expertise in European nobility, protocol, and archival research, their role is not to opine, but to document. Their focus remains on accuracy, historical integrity, and the preservation of events and individuals whose significance might otherwise go unrecorded.

Categories

Follow

    Newsletter

    Subscribe to receive your complimentary login credentials and unlock full access to all features and stories from Lord’s Press.

    As a journal of record, Lord’s Press remains freely accessible—thanks to the enduring support of our distinguished partners and patrons. Subscribing ensures uninterrupted access to our archives, special reports, and exclusive notices.

    LP is free thanks to our Sponsors

    Privacy Overview

    Privacy & Cookie Notice

    This website uses cookies to enhance your browsing experience and to help us understand how our content is accessed and used. Cookies are small text files stored in your browser that allow us to recognise your device upon return, retain your preferences, and gather anonymised usage statistics to improve site performance.

    Under EU General Data Protection Regulation (GDPR), we process this data based on your consent. You will be prompted to accept or customise your cookie preferences when you first visit our site.

    You may adjust or withdraw your consent at any time via the cookie settings link in the website footer. For more information on how we handle your data, please refer to our full Privacy Policy